• Audrey Clavet, doula

Mon petit secret pour un enfantement en pandémie... ou pour tous les enfantements.

Ça fait maintenant 6 semaines qu'au Québec, on est plongés dans la réalité COVID-19. Comme doula, j'ai pris le temps d'assimiler toutes les n


ouvelles informations, j'ai adapté mes pratiques d'accompagnements, je me suis insurgée contre les mesures de l'hôpital Général Juif de Montréal qui obligeaient les femmes à enfanter seules (politique déjà révolue!). J'ai eu peur que d'autres hôpitaux emboîtent le pas, j'ai été soulagée qu'ils ne le fasse pas. J'ai fait quelques suivis postnataux en visio (pas facile de voir bébé au sein !). J'ai dû renoncer à quelques visites à l'hôpital pour accompagner de nouvelles mamans dans leur allaitement. J'ai ajusté mes rencontres prénatales en ligne et j'ai dû composer avec les joies du virtuel (merci à mon chéri ancien technicien informatique qui m'a démerdé plus d'une fois). Avec chance, je venais de terminer mes derniers contrats d'accompagnements complets de l'hiver, et les prochains allaient juste à la fin du printemps. J'ai donc eu le temps de réfléchir à comment je souhaitais modifier ma pratique pour continuer à accompagner les femmes dans cette étape cruciale. Voici le fruit de ma réflexion qui, je l'espère, pourra t'aider à te préparer à la naissance de ton enfant.


En gros : je n'ai rien à changer dans mon approche, malgré la pandémie.

Bon OK, tu te demandes probablement pourquoi tu lis encore ce texte. Continue, je te promet que ça va être intéressant.


Il y a 5 ans, quand j'ai pris la décision de devenir doula, mon intérêt premier était "l'empowerment" des femmes dans ce moment si particulier et important qu'est l'enfantement, du désir de porter la vie, jusqu'au postpartum. J'avais envie de les aider à trouver la confiance nécessaire, au fonds d'elle-même, pour trouver les réponses à leurs questions, et pour enfanter dans la confiance. Chaque fois qu'une femme me dit "ho merci, sans toi on n'y serait jamais arrivé", je suis bien sûr contente d'avoir pu être là à leurs côté, mais je me dit que j'ai pas réussi à 100% à ce que la femme ait confiance en sa capacité d'enfanter. Alors, l'accompagnement virtuel est une bonne occasion pour pousser encore plus loin dans ce désir de redonner du pouvoir aux femmes.


Mon petit secret numéro 1 : la confiance en soi.

Peu importe qui sera présent autour de toi, peu importe où tu donneras la vie. Même si tu as la meilleure doula de la province, la meilleure sage-femme de la maison de naissance, le meilleur médecin ou gynéco de l'hôpital, même si ton bébé naîtra dans une unité de naissance d'un hôpital pro-physiologique, dans un hôpital désigné COVID, dans une maison des naissances, dans le confort de ton salon, ou dans ta baignoire.

Il n'y a que toi qui va donner la vie, il n'y a que bébé qui sait naître.


Bien entendu, je suis de celles qui croient que la présence d'une personne significative est essentielle, généralement l'autre parent ou toute autre personne de ton choix. Surtout dans nos lieux de naissance. Cette personne aide la femme à se sentir en sécurité. Les mammifères doivent se sentir en sécurité pour enfanter. Même l'OMS indique que toutes les femmes ont le droit d'avoir la présence d'une personne significative à leur côté, même en temps de pandémie, même si elles sont testés COVID-19 positive (voir ici cette page de l'OMS en anglais). Non, les papas / autres parents n'ont pas toujours été auprès des femmes lorsqu'elles donnent la vie, c'est assez récent, mais celles-ci ont toujours été accompagnées (par les femmes d'expérience du village, des doulas qui en avaient vu d'autres avant). Dans notre structure de société, ce sera souvent l'autre parent qui sera présent. Et bien entendu, je crois vraiment en l'utilité des doulas, peu importe les lieux de naissance, puisque l'autre parent a aussi besoin d'être accompagné dans cette expérience. Nous sommes des gardiennes de l'espace, pour que les femmes puissent encore une fois, se sentir en sécurité, et aller puiser dans leurs racines tout ce dont elles ont besoin pour enfanter.


Mais au final, qui donne la vie ? La femme qui enfante, elle seule. Alors peu importe le scénario, toi et ton bébé allez y arriver ensemble. Tu as tout ce qu'il faut en toi. Même s'il est possible que ça ne se passe pas comme dans le plan que tu avais préparé des millions de fois dans ta tête, et peut-être même y avais-tu pensé avant de porter la vie. Ce qui m'amène à mon deuxième secret.


Mon petit secret numéro 2 : accepter de perdre le contrôle.

C'est difficile de perdre le contrôle. On doit toujours avoir le contrôle : de notre horaire, au travail, de nos émotions, de nos finances, de nos enfants. Combien de fois avez-vous entendu "ressaisi-toi", "reprend sur toi". On est valorisé pour notre sang-froid, notre capacité de garder le contrôle.


Actuellement, dans ces moments d'incertitudes que représentent la pandémie, on essaie de structurer ce qu'on peut, avoir le contrôle et planifier le plus de scénarios possibles. C'est normal, humain, et rassurant. Qu'est-ce qui va se passer s'il y a une éclosion de COVID-19 dans l'unité d’obstétrique où je dois accoucher? Qu'est-ce qui va se passer si j'ai la COVID-19 ? Si la personne significative qui m'accompagne a la COVID-19 ? Si ma sage-femme est atteinte. Qu'est-ce qui va se passer si la 2e vague arrive alors que je suis en fin de grossesse ? Qu'est-ce qui va se passer si l'unité d'obstétrique ou la maison de naissance doivent fermer ? Si les mesures de confinement s'amplifient (même si pour le moment on parle d'assouplissement) ? Comment est-ce que je peux me préparer à tous les scénarios alors qu'on est tous accrochés au bout de nos chaises pour savoir quelles mesures seront annoncées à tous les jours à 13h par le gouvernement.


Dans mes rencontres prénatales sur la gestion de la douleur, un de mes points principaux est que pour donner la vie, il faut, à un certain moment, accepter qu'on n'a pas le contrôle, laisser notre corps et nos instincts prendre le dessus, se laisser submerger par la vague. Quand on résiste et on essaie de "garder le contrôle", tout notre corps résiste et nos muscles se contractent, s'oppose à notre col qui veut s'ouvrir, ce qui augmente la grandement la douleur. Il faut avoir confiance en notre corps, et accepter de plonger dans l'inconnu. Lorsqu'on n'est pas prêt à l'inconnu, lorsqu'on lui résiste et qu'on commence à anticiper la prochaine contraction, on résiste physiquement et on a souvent besoin d'une aide externe pour gérer la douleur. Quand j'accompagne une femme qui choisi la péridurale, je remarque souvent que c'est cette peur de la perte de contrôle, de cette force intérieure qui nous submerge, de cet inconnu qui amène ce besoin de contrôle pharmacologique de la douleur (je pourrais vous en parler longtemps, c'est un sujet qui me passionne). Il faut donc perdre le contrôle pour enfanter (attention, on parle de laisser le contrôle à notre corps, arrêter de réfléchir, de laisser guider par nos instincts, et non pas de se faire contrôler par quelqu'un d'autre de l'équipe de naissance).


Et cette approche positive de la perte de contrôle est aussi une belle approche au plan de naissance. Bien sûr, toutes les femmes ont réfléchi, plus ou moins en détails, à ce qu'elles souhaitent pour la naissance de leur enfant. Que ce soit le lieu, le type de suivi, les personnes présentes, si elle veut telle ou telle intervention, si elle souhaite allaiter ou non. Et j'encourage les personnes que j'accompagne à écrire un plan. C'est une bonne façon de réfléchir à ce qu'on veut et de communiquer avec l'équipe de naissance. Mais de toutes les naissances que j'ai pu accompagner, jamais aucune ne se passe à 100% comme imaginé par la femme. Là aussi, il faut une part d'acceptation sur le fait qu'on n'a pas le contrôle sur, entres autres, comment bébé a décidé de faire son entrée dans ce monde. De nombreux événements (anodins ou plus sérieux) peuvent survenir et changer le rythmes de la naissance. Que ce soit une naissance précipitée à la maison, une arrivée au lieu de naissance en poussée alors que maman voulait une péridurale, la sage-femme de notre choix qui ne peut être présente, ou encore un décollement placentaire, le coeur de bébé qui faibli, un bébé en siège, etc.


Même chose pour la COVID-19. On ne sait pas ce qui se présentera à nous, quelles procédures, politiques ou interventions seront en vigueur pour la naissance. On ne peut simplement pas se préparer à tous les scénarios.


Mais on peut avoir confiance en notre capacité à enfanter peu importe le scénario.

Et on peut accepter de ne pas avoir le contrôle sur cette situation pandémique. Notre enfant a la sagesse de naître, notre corps sait comment l'enfanter.


Accepte de plonger dans cette naissance.


Ceci ne veut pas dire qu'il faut accepter de ne pas être respectée. Même en temps de pandémie, aucune intervention ne peut être forcée sur le corps d'une femme.

Ton corps, ton utérus, ton enfant, ton choix. Ça s'appelle le consentement.

C'est un sujet pour un autre billet de blog.


Mais oui, c'est possible qu'il y ait une éclosion de coronavirus sur le département. Le personnel aura tous les outils pour assurer au mieux votre sécurité. Oui il est possible que toi ou la personne significative qui t'accompagne ait le coronavirus. Mais tu as tout de même le droit à des soins dignes et respectueux. Je ne peux pas énumérer tous les scénarios possibles. Mais tu sais quoi ? Tu va enfanter, et tu seras en mesure de prendre les bonnes décisions au moment voulu.


Et tu peux encore avoir recours aux services d'accompagnement virtuel d'une doula. Je peux être là, en visio, aux moments importants, tout au long de la naissance, et même en personne dans certaines circonstances. Je peux aider à garder l'espace et à t'expliquer les choix, faire valoir tes droits. Je peux outiller la personne significative qui t'accompagne. Je peux continuer à jouer exactement le même rôle que j'ai toujours jouer. Empowerment.


Mais au final, ait confiance en toi et ton bébé, laisse toi guider par la vague.

"Ça va bien aller "



192 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout