• Audrey Clavet, doula

Récit d'un AVA2C non assisté (ANA)

Parce qu'il faut toute sorte de récits de naissance, aujourd'hui j'ai envie de vous partager le récit de naissance de mon 4e enfant, né à l'automne 2020 (en pandémie). C'est en toute humilité et sans prétendre posséder le chemin de la vérité que je vous partage ce récit. Un récit d'un AVA2C (accouchement vaginal après 2 césariennes) non assisté. Prenez le temps de lire jusqu’à la fin (après le récit).


3 novembre

J’ai des périodes de latence actives depuis 10-14 jours, ces périodes durent 2h à 4h et les contractions sont aux 5-10 minutes et font mal, puis tout s’arrête. Ce n’est pas des Braxton-Hicks puisque ça j’en ai au moins 50 par jour depuis 15 SA. Là ça tire dans le bas du ventre, mais j’ai l’impression que rien ne se passe, que la tête de bébé n’est pas sur le col et que le col ne s’ouvre pas vraiment. J’ai toujours su exactement comment mes bébés sont positionnés. D’ailleurs, j’ai aidé ce bébé à se tourner à 23 SA. Elle était en siège et je l’ai tourné tête en bas. Mais là je me sens perdue. Je la sens partout. J’ai bien l’impression que la tête est en bas, je sens le hoquet dans mon bassin, et la tête me semble fixée lorsque le la palpe. Mais elle n’appuie pas sur le col j’en suis certaine.

Je ressors à peine d’une grande période de stress, avec un diagnostic positif à la COVID, l’inquiétude qui vient avec pour la santé de bébé, l’isolement de toute la famille durant 28 jours, l’école à la maison pour apprendre à ma grande à lire et à écrire (pas ma tasse de thé…), le suivi en GARE très fréquent en raison de la COVID. Mon corps est prêt je crois, mais pas ma tête.


J’ai rendez-vous en PM avec ma sage-femme pour un suivi de grossesse, je suis à 40.1 SA. Je lui demande de vérifier le col, elle me dit que je suis à 1+ cm et elle a aussi l’impression que la tête n’appuie pas bien sur le col, mais qu’elle est bien en bas et bien fixée. Je suis un brin découragée de voir que toutes ces périodes de latence n’ont pas eu d’impact sur le col, mais rassurée sur ma capacité à lire ce qui se passe en moi. Je savais que bébé n’appuyait pas bien sur mon col.


Je retourne à la maison et je poursuis ma routine, j’essaie de me libérer la tête le plus possible. Les deux grandes reviennent de l’école, je fais les devoirs avec ma plus vieille. À l’heure du souper, j’ai une grosse contraction, qui fait mal à 5/10 déjà. Je souhaite vraiment que ce n’est pas « juste » une autre période de latence. Puis une 2e contraction, puis une 3e. Les contractions sont aux 7-10 minutes déjà et douloureuses. Je commence à regretter mon idée d’enfanter en présence des enfants, c’est difficile à gérer tout ça. Puis 19h arrive, je couche les 3 plus grands et je leur dis que bébé se joindra probablement à nous cette nuit, mais je n’en suis pas encore certaine moi-même. Je leur chante leurs chansons, et pendant que je chante, la douleur diminue de moitié! Je me souviens alors d’un témoignage que j’ai lu dans le livre d’Ina May Gaskin (sage-femme américaine) plus tôt cette semaine où la maman a chanté tout au long de la naissance pour gérer les douleurs. Wow ça marche vraiment bien.


Je suis contente que les enfants soient couchés. Je peux enfin essayer de décrocher. Je vais m’installer sur la toilette du rez-de-chaussée pour prendre quelques contractions. Mon conjoint me demande s’il annule sa réunion zoom qui est à 20h30, je lui dis que je ne sais pas. Il le fait quand même. Puis j’appelle mon amie pour lui dire que je crois que ça se passera cette nuit, au pire elle retournera chez elle si ça s’arrête… elle s’en vient.

Je me fais une grosse tisane de thé du labrador et je sors quelques galettes à la citrouille du congélateur. Je danse autour de l’îlot de cuisine, je demande à mon conjoint de m’installer mon Rebozo autour du ventre pour aider bébé à s’engager dans le bassin. Le nouage n’est pas assez serré, on aurait dû pratiquer un peu plus dans les jours avant. Pas grave, je vais l’enlever.



Il commence à remplir la piscine dans ma pièce de naissance au sous-sol, qui se trouve juste à côté de la chambre des grands. On est chanceux, la fenêtre de la chambre donne directement aux robinets extérieurs de la maison, où il y a une sortie d’eau chaude et une sortie d’eau froide. Je vais m’installer à genou par terre face au divan du salon avec ma tisane. Je prends quelques contractions, elles sont aux 3-5 minutes et intenses, il est un peu après 20h. Mon amie arrive peu de temps après. Son énergie est douce, apaisante et je ressens tellement de joie et de confiance émaner d’elle que ça fait du bien. Mon conjoint est plutôt stressé durant les naissances. Il a 100% confiance, mais la logistique le stress, et il a peur de me décevoir si cette gestion logistique n’est pas comme on avait planifié. Je le sais, on en a parlé plusieurs fois dans les semaines avant, et mon amie est là pour ça, pour nous soutenir tous les deux d’un point de vue logistique et émotionnel.


J’essaie de mettre mon cerveau à off, je sais qu’il faut le mettre à off pour enfanter. Il faut laisser la place à notre cerveau de mammifère. Les hormones du stress empêchent l’ocytocine de faire son travail. Mais c’est difficile pour moi qui est très cérébrale. Je me fais une autre tisane. Mon conjoint me dit qu’il n’y a plus d’eau chaude… on n’aurait peut-être pas dû donner la douche aux enfants avant de les coucher… La piscine est à 30° ce n’est pas assez chaud… Mon amie et Steve font des allers-retours dans les escaliers avec des chaudrons pour chauffer de l’eau sur le four.



Je descends au sous-sol, et j’entre dans ma pièce de naissance. Je suis tellement bien. Steve a allumé toutes mes bougies (ça sent bon l’eucalyptus), les lumières de Noël sont allumées pour une ambiance tamisée. Ma lanterne de « Astrancia » est allumée avec les fleurs séchées et pierres que j’avais déposé à l’intérieur pour mes méditations des dernières semaines. Il fait chaud. Tout est parfait. Je m’installe à genou sur le matelas posé au sol, en appui sur le ballon. Je ne remarque presque pas Steve et mon amie qui entrent et sortent avec des chaudrons. De temps en temps quand j’arrive à en attraper un durant une contraction, je demande des points de pression au sacrum, mais ils ne font pas autant de bien que lors de mes derniers accouchements, alors je gère la douleur la plupart du temps toute seule. J’ai hâte que la piscine soit prête. Je sens que j’arrive bientôt à ma limite de tolérance, mais je chante et je souffle encore mes contractions, ma tête va bien, aucune cassette noire ne joue dans ma tête contrairement aux autres naissances. Je suis bien chez moi.

J’entends Steve me dire que la piscine est assez chaude. J’entre dans l’eau, ça me fait un bien fou. Mon énorme ventre en apesanteur, c’est le bonheur. Je sens que j’ai envie de pousser, ce n’est pas une envie folle, mais je sens en dedans de moi qu’on y est. Je pousse un peu, mes membranes rompent par elles-mêmes pour la première fois en 4 naissances. Je demande qu’on note l’heure, au cas où. Il est 21h40.


La douleur augmente d’un bon. Je hurle chaque contraction, un hurlement profond, viscéral. J’ai toujours hurlé mes accouchements. J’essaie de me contrôler, d’arrêter de hurler, je sais que ce n’est pas bon, que je dois souffler. Quand on hurle, on se contracte et ça peut empêcher bébé de descendre. J’ai eu 2 césariennes et une ventouse pour ça aux 3 premières naissances. Je m’en veux de crier aussi fort. Steve est avec moi dans la piscine et me fait des points de pression.


Je vais à la recherche de la tête de bébé, je la sens, bien en haut, une belle boule dure. Je laisse ma main là, et je me rends compte qu’elle avance durant les contractions, même si je hurle. Hé bien! Je peux enfanter en hurlant ! Je ne m’en priverai pas...

Dans la chambre à côté, on entend « papa ». Une des grandes filles est réveillée. Mon amie va la voir. Elle se berce dans la chambre, les deux autres dorment malgré que je sois très « sonore ».



Je continue de pousser et de crier. Tranquillement la tête avance, je suis en « squat » dans l’eau. J’ai lu tellement de témoignages de femmes qui disent que pousser est un soulagement, je ne les comprends pas. Je resterais à 9.5 cm pour toujours ! Lorsque la tête commence à étirer le périnée, c’est encore pire. J’ai paniqué à mon 3e accouchement à ce moment, si bien que le gynéco a dû prendre une ventouse et assister la naissance durant plusieurs contractions… après 6h de 2e stade. D’ailleurs, je ne me souviens que très peu de ce moment en raison de la panique. J’ai peur que ça se reproduise encore pour cette naissance. Je me suis préparée à ne pas la retenir, mais « bordel » que ça fait mal. Je sacre un peu, je dis que je n’y arriverai pas, mon amie ris et me dit, de toute sa confiance inébranlable que c’est sûr que je vais y arriver. Dans ma tête, j’évalue toutes les options, et je sais que ça n’a pas de bon sens de se rendre à l’hôpital, elle est presque là. Je n’ai pas le choix, et je sais au fond de moi que je vais y arriver, mais je trouve ça immensément douloureux. Elle est si près et si loin en même temps. Point positif, mon cœur et ma tête sont en harmonie, même si je trouve que les douleurs ont dépassées mon seuil de tolérance, ce sont des cris de douleur et d’intensité que je pousse, et non pas des cris de détresse. Mon amie me souris quand je lève la tête. Je sens mon conjoint stressé et impuissant, mais très présent. Il aimerait se sentir plus utile. Moi je suis contente qu’il soit à mes côtés dans la piscine.


Quand la tête étire le périnée, je repousse bébé à l’intérieur si ça dépasse ma tolérance. C’est trop intense. Puis je me dis qu’il faut qu’elle sorte. A la contraction suivante, je place mes mains autour de sa tête et je retiens doucement mon périnée pour que la tête sorte. C’est le grand couronnement. Mon périnée étiré ne fait même pas mal, aucun « anneau de feu ». J’explore doucement et je sens ses yeux derrière, mon périnée s’est arrêté au niveau de ses yeux. Je sens une ondée de cheveux qui flottent dans l’eau. Je commente mon propre accouchement « elle a des cheveux ». Steve et mon amie se mettent à rire. Tout se passe en quelques secondes et je fais naître sa tête avant la fin de la contraction avec mes mains sur mon périnée et une douce poussée. J’attends que la tête se place d’elle-même et complète sa rotation. Je pousse doucement avant la prochaine contraction pour voir s’il n’y a pas de dystocie de l’épaule, elle bouge bien. J’explore avec mes doigts pour voir s’il y a des tours de cordon, il n’y en a pas. Je sens tout de manière très vive, je suis très connectée. Loin des états de transe que j’ai déjà vu ou dont j’ai lu les témoignages. Mais ça c’est moi, cérébrale, informée, gestionnaire, un peu « germaine » au sens positif. A la prochaine contraction, elle sort de moi comme un petit poisson, je la sors de l’eau, elle est déjà rosée, tonique, les yeux grands ouverts et elle pousse un petit soupir « ree ». Elle est magnifique, toute remplie de vernix. Wow, quelle puissance et quelle naissance. J’aspire les sécrétions avec ma bouche, je frotte doucement son dos pour qu’elle reste tonique. Je demande encore qu’on note l’heure. Il est 22h18. Tout ça en moins de 5h.


A ce moment les 3 grands enfants arrivent tout en douceur dans la pièce de naissance, mon amie est allée les chercher, ils venaient de se réveiller. Ils s’installent sur le matelas près de la piscine ou debout près de moi et observent bébé. Ils ont des étoiles plein les yeux.


Steve sort de la piscine pour aller prendre une douche. J’ai encore des contractions douloureuses, et j’essaie de garder bébé le corps dans l’eau tout en gérant les contractions, et les questions des enfants, ce que je trouve difficile. Je fini par tirer fortement sur mon très long cordon pour faire naître le placenta. Je crois que je tire un peu trop fort, je veux que les contractions s’arrêtent. Ça fonctionne, le placenta nait et les contractions douloureuses cessent pour un moment. On met le placenta dans un bol. Quelques minutes plus tard, je ne vois plus mes pieds dans la piscine tellement il y a du sang. Alors je décide de sortir. Mon amie et Steve m’aident à sortir avec bébé, puis je m’allonge sur le matelas où je mets bébé au sein avec le placenta dans un bol tout près. Elle tète déjà comme une championne, et avale à chaque tétée, ce qui me donne de fortes contractions. Je reste seule avec mon amie et bébé pendant que Steve va recoucher les grands. Je sens le sang couler doucement, mais en continue, je commence à être un peu inquiète. Au moins j’ai des tranchées assez douloureuses, ce qui est positif. Je demande à mon amie d’appeler la sage-femme pour des conseils, celle-ci recommande d’aller aux toilettes pour vider ma vessie et aider l’utérus à faire son involution et à arrêter les saignements, mais quand je me lève, tout tourne et ma vision devient brouillée alors je me recouche. Je décide de prendre des teinture mère de bourse à pasteur et de pimbina pour arrêter les saignements. Ça semble fonctionner les saignements ralentissent. Je suis restée là quelques heures en attendant d’être en mesure de me rendre aux toilettes où j’ai perdu 7-10 gros caillots, gros comme des jaunes d’œufs. Comme cette naissance m’appartient, je fais le choix de rester à la maison et d’observer les saignements, quitte à me rendre à l’hôpital s’ils reprennent. J’aurais aussi pu me rendre à l’hôpital à ce moment, mais mes symptômes n’étaient pas « extrêmes ».


Mon amie est partie vers 5h du matin.


On s’est installé au lit pour 2h puis les grandes se sont levées pour aller à l’école. Mon 3e est resté à la maison.


La sage-femme est venue dans la journée du 4 novembre, pour venir nous évaluer. Dans les jours qui ont suivi, j’ai été symptomatique d’une bonne anémie résultat des pertes sanguines et mon hémoglobine est descendue assez bas. Au 4e jour, j’ai perdu encore plusieurs caillots dont un de la grosseur d’une orange, mais le gynéco de garde a refusé de m’évaluer à deux reprises, j’ai donc refusé la transfusion puisqu’on ne savait pas la cause de mes saignements (j’étais sur la limite d’en avoir besoin d’une). Au jour 10, j’ai perdu un morceau de placenta. Après échographie, il restait encore des morceaux de placenta dans mon utérus, ce qui peut expliquer les pertes de sang plus abondantes et les caillots. J’ai demandé du cytotec plutôt qu’un curetage, et à l’écho de contrôle, 2 jours plus tard, tout était beau, sauf que mon utérus avait grossit, signe d’une infection qui s’est réglé avec des antibiotiques.


Au suivi de 3 semaines, mon hémoglobine était remontée à 114 ce qui est près de la normale, mon corps est tout simplement épatant.


Au final, cette naissance était parfaite !


Je suis si contente d’avoir pu être moi et enfanter. Je suis restée cérébrale, très connectée à tout ce qui se passait et à analyser le processus. J’ai hurlé tout au long de la poussée. Et j’ai enfanté pour la première fois, dans ma puissance, à ma manière et par moi-même. Je ne changerais absolument rien à tout ça, tout était parfait. Et je n’ai jamais été aussi bien dans mon corps et dans ma tête.



Mon chemin vers l’ANA

Parce que je ne me suis pas levée un matin en me disant « tient, pourquoi je ne ferais pas un AVA2C en famille à la maison », j’ai envie de vous partager aussi un peu mon parcours.


Bébé 1 est née d’un accouchement déclenché pour dépassement de terme qui s’est terminé en césarienne suite à une cascade d’interventions médicales classiques. Bébé 2, tentative d’AVAC à l’hôpital qui se termine aussi en césarienne après 32h de travail, donc 4h de poussée. Bébé 3, je tente un ANA, mais je me rends à l’hôpital en cours de travail puisque je sens que j’ai besoin de l’assistance de la sage-femme. Ici, au Saguenay, encore jusqu’à la fin 2020 et malgré les plaintes et les démarches, tous les AVAC doivent se faire à l’hôpital, pas le droit d’avoir les soins d’une sage-femme à la maison de naissance ou à la maison.


Même si d’un point de vue médical, bébé et moi on allait très bien, j’ai vécu beaucoup de détresse lors de mon premier accouchement, ce qui a créé des connexions dans mon cerveau entre accouchement à l’hôpital et détresse, perte de contrôle, impuissance et vulnérabilité. A chacun de mes accouchements par la suite, tant que je suis à la maison, c’est intense, mais positif. Dès que je mets le pied à l’hôpital, je « perd pied », je vis une profonde détresse. Cette détresse s’est répercutée pendant des semaines et même des mois après chaque accouchement, engendrant une dépression post partum et de « gros baby blues ». Heureusement, ces connexions n’ont pas lieu lorsque je vais à l’hôpital pour d’autres raisons ou quand j’accompagne la vie comme doula. J’accompagne les naissances depuis plus de 5 ans et je me sens chaque fois « sur mon X », à ma place.

Pour ce qui est de mes naissances, malgré des thérapies avec des psychologues, l’EMDR (thérapie pour les choc post-traumatique), l’hypnose, et bien d’autres démarches, j’ai fait bien du chemin, je suis plus outillée mais je ne peux pas effacer ce qui s’est passé. Malheureusement, les séquelles de tels traumatismes, ne s’effacent pas avec une huile essentielle de lavande et une doudou. Il faut apprendre à vivre avec.


J’ai tellement confiance en ma capacité à enfanter. J’ai envie d’enfanter en famille, avec mon mari et mes enfants. Cette décision est le fruit d’une longue réflexion, d’une confiance au corps des femmes à enfanter, et d’une profonde conviction que c’était le choix le plus sécuritaire pour moi et mon bébé. Pourquoi ? Je sais que si je mets les pieds à l’hôpital en contraction, il est très probable que je vivrai de nouveau cette détresse. Lorsque je suis en détresse, les contractions perdent leur efficacité, et donc ça vient avec un travail dystocique, une incapacité à gérer la douleur, l’utilisation d’une péridurale (comme pour les trois premiers accouchements), un travail plus lent et l’utilisation de syntocinon pour l’accélérer. Cette hormone synthétique qui est utilisée dans la plupart des naissances en centre hospitalier augmente souvent la force et la durée des contractions plus qu’un travail naturel, augmentant donc le risque de rupture utérine, d’hypo-perfusion du placenta, d’anomalies du rythme cardiaque fœtal, de césarienne, de naissance instrumentée, etc. Donc ça représente non seulement un risque pour ma santé mentale, mais aussi pour ma santé physique et celle de mon bébé.


Mon conjoint et moi faisons donc le choix de l’ANA en pleine conscience. On croit que les risques de complications sont beaucoup plus faibles lors d’un enfantement non assisté et donc 100% physiologique, même pour un AVAC puisque les contractions seront seulement le fruit de mes propres hormones. On est aussi conscient que s’il y a des complications, il y a plus de chances que ça dégénère. Les sages-femmes ne pouvant pas venir à la maison, la seule option sera le 911 avec les délais que ça implique. Mais aucun choix dans la vie n’est sans risque de toute façon. Des dizaines (des centaines?) de personnes meurent chaque année au volant de leur voiture. Est-ce qu’on arrête de conduire pour autant ? Hé bien non. Même la naissance à l’hôpital n’est pas exempte de risques. Il faut donc assumer notre choix de lieu de naissance.


On s’est très bien préparée. On a bien préparé les enfants qui ont une playlist youtube d’enfantement à domicile et ils savent que maman pourrait crier fort pendant la naissance. On s’entoure de belles personnes. Une amie qui n’est pas doula (mais qui a clairement l’âme d’une doula), nous offre d’être présente le jour J en soutien logistique et émotionnel. C’est mon conjoint (Steve) et moi qui prendrons toutes les décisions. Mes fiches de premiers soins sont installées bien en vue près de la pièce de naissance, avec mes mantras et mes plans de naissance au cas où mon corps me dicterait encore une fois de me rendre à l’hôpital en cours de naissance.



Réflexion personnelle sur l'ANA

Est-ce que toutes les femmes peuvent enfanter dans leur pleine puissance et par elle-même ? Bien sûr que oui ! Est-ce que toutes les femmes peuvent compléter un ANA, dans le contexte culturel actuel en obstétrique dominé par la peur de la naissance et par un model médical patriarcal (je parle du modèle médical et de la culture, pas nécessairement des individus) ? Je ne sais pas. Chaque femme (chaque parent) enfante aussi avec son bagage familial (qui pèse parfois lourdement, comme ces femmes qui ont l’impression que les hémorragies postnatales se transmettent de génération en génération), bagage parental, bagage de traumatismes, etc. Je crois que c'est un chemin et un choix qui doit vraiment venir de l'intérieur, qui ne doit pas être dicté par la peur et on doit assumer soi-même les risques à 100%, même s'ils sont minces. Les décisions ne s'appuieront pas sur une sage-femme, un médecin, une doula (qui ne peut légalement pas en prendre de toute façon) ni une amie, mais sur la femme qui enfante et l'autre parent. Par contre, toutes les naissances doivent être respectées et les femmes devraient être accompagnée à enfanter dans leur pleine puissance, par les personnes de leur choix.


Comme doula, je crois sincèrement à la capacité de chaque femme à faire ses choix pour elle-même et son bébé et à enfanter dans sa puissance. C’est pour cette raison que je respecte les choix de chacune d’entres elles. Leur imposé ma vision serait lui enlever son pouvoir à faire ses propres choix. Et je ne crois pas qu’il y a un choix qui est meilleur que l’autre, tant qu’il vient de la femme, et non pas de pressions d’autres personne ou de la peur. Si votre choix est d’enfanter à l’hôpital, et d’avoir accès à la péridurale au cas où vous en auriez besoin en toute connaissance des avantages et des risques, c’est votre choix et il est parfait pour vous.


Et les survivantes de traumatismes (violences obstétricales, violences conjugales, violences sexuelles, violences en lien avec l’identité de genre ou l’orientation sexuelle, etc.) ont besoin d’un accompagnement solide pour les aider à reprendre le pouvoir sur leur propre corps. Elles peuvent, elle aussi, enfanter dans leur puissance et cet acte peut même être guérisseur. Il faut prendre le temps de les écouter et de les respecter.

Finalement, lorsque les gens autour de moi apprennent que j'ai enfanté par moi-même, on me fait souvent une remarque du genre : "Je ne savais même pas qu'on a le droit d'accoucher sans un médecin ou une sage-femme ??"


Bien sûr que oui ! C'est notre corps, un point c'est tout. C'est la base du consentement. Mon corps, mon utérus, mes choix. Dans un monde où l'on peut demander l'aide médicale à mourir, très bientôt sans même être en fin de vie, on peut certainement choisir où, et auprès de qui on souhaite enfanter.

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